Alors que Marlène Schiappa s’engage pour l’amélioration des conditions de travail des femmes de chambre, rencontre avec Amina, employée dans un hôtel de Suresnes.

Le bus disparaît au bout de la rue. Sous la pluie, Amina peste. En ratant le bus, elle vient de perdre quelques précieuses minutes sur ses trois heures quotidiennes de transports pour rejoindre son travail à une vingtaine de kilomètres. « Quand c’est comme ça, je préfère marcher. Attendre 15 minutes, ça m’énerve », lâche la jeune femme de 37 ans, le regard rivé sur son portable où clignote l’application de la RATP.

Le jour se lève à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) où nous venons de retrouver Amina en bas de chez elle, dans un quartier résidentiel, non loin du terminus de la ligne 13. Première étape : le métro et ses hordes d’étudiants et d’employés de bureau qui vont travailler à Paris ou dans sa périphérie, comme Amina.

600 serviettes et 600 taies à plier chaque jour

Cette mère de quatre enfants est employée à la lingerie d’un hôtel Première Classe de la banlieue ouest, à Suresnes (Hauts-de-Seine) qui propose des chambres standards pour les touristes et une clientèle d’affaires. 30 heures par semaine, 1200 € mensuels et, chaque jour, 600 serviettes, 600 taies d’oreiller à sortir du lave-linge et à plier.

Ce travail lui plaît. En douze ans, elle n’a pas changé d’employeur. De poste, si. A cause de ces problèmes de dos qui l’ont lancée « de la cuisse gauche jusqu’à l’épaule », désigne-t-elle en se penchant, dans son imper beige trempé par la pluie. « Femme de chambre, c’est fini. Je ne pouvais plus me baisser pour faire les lits ». Ces dernières semaines, Amina, syndiquée à la CGT, a entamé une grève avec les femmes de chambre et les plongeurs de son hôtel. Elle aimerait travailler 35 heures et être mieux payée, vu la masse de travail qu’elle a à gérer.

Assise dans le métro, elle parle en tapotant sur son portable tandis que les voyageurs s’entassent dans la rame. Mairie de Saint-Ouen. Garibaldi. Porte de Saint-Ouen… Voilà enfin Paris, où Amina est arrivée de son Mali natal en 1998. Paris, la Ville Lumière qui la faisait rêver, là où elle a rencontré le père de ses enfants.

En 2007, lors de sa séparation, Amina s’est retrouvée seule à tout gérer. « Ça a été très dur, très dur », répète-t-elle dans les couloirs de la station Champs-Élysées, en transit vers la ligne 1 jusqu’à la porte Maillot où il lui faudra à nouveau prendre un bus. À l’époque, elle ne gagnait que 700 € par mois. « A partir de 6 heures le matin, je courais, sans prendre de petit-déjeuner ». La vie se transforme en bataille pour la jeune maman qui parvient à négocier avec son patron de ne travailler qu’un jour sur deux, le week-end. « Je ne pouvais pas payer une nounou. Je me sentais vraiment seule au monde », soupire Amina.

Que faisait-elle pour se changer les idées ? « J’avais peu de temps libre. Il y avait la maison de quartier, en bas de chez moi ». Sur le rond-point de la porte Maillot, la jeune femme jette un coup d’œil à son téléphone : « Le 244 passe dans 4 minutes ! ». Un sourire éclaire son visage, encadré par un foulard à strass. La pluie s’est calmée.

Elle attend un nouveau logement social depuis 4 ans

Aujourd’hui, Amina n’est plus seule. Son « fiancé », dit-elle, travaille dans le nettoyage, dans un centre commercial de la banlieue sud. Lui fait « la coupure », commence à 7 heures le matin, puis reprend le travail vers 18 heures. Il rentre rarement avant 23 heures.

Amina attend depuis quatre ans un nouveau logement social plus pratique pour leurs trajets quotidiens. « La vie, c’est compliqué », résume Amina. Il est presque huit heures, le trajet prend fin. Au bout du pont de Suresnes s’élève son hôtel. Amina enfile un gilet jaune fluorescent comme ses collègues grévistes. Sur la route, un automobiliste, vitres baissées, klaxonne. « Allez les Gilets jaunes ! »

Source : leparisien.fr

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